Un peu de tout et de tout un peu

Un peu de tout et de tout un peu

Quand le sport devient une drogue

L’exercice physique et le sport sont de plus en plus encouragés car source d’innombrables bienfaits. Tout et tous pour le sport, de plus en plus jeune si possible, car c’est bon pour le physique et pour le moral, tellement bon qu’il semble qu’on pourrait en consommer sans modération.  Attention pourtant,  certains y deviennent accrocs, le sport  agissant comme une drogue sur le cerveau …(Elide Montesi, publié dans le magazine Body Talk juillet 2012)

 

 Accroc au sport ? Allons donc ? Comment cela se peut-il ? Et puis tant qu’à faire, mieux vaut cette drogue-là qu’une autre, non ? D’ailleurs, dans les années 70, les premiers à avoir observé le phénomène de dépendance à la pratique sportive l’ont qualifié d’addiction « positive » pour la différencier de l’alcoolodépendance ou des toxicomanies, jugées quant à elles, négatives.  Pourtant, les personnes dépendantes à l’exercice physique présentent les mêmes caractéristiques que les joueurs compulsifs, les accrocs du shopping ou les alcooliques ou les toxicomanes. Elles éprouvent selon la définition actuelle de ce problème « un besoin irrépressible et compulsif de pratiquer régulièrement et intensivement une ou plusieurs activités physiques et sportives pour obtenir des gratifications immédiates et en dépit des conséquences physiques, psychologiques ou sociales » au point de ne plus vivre que pour et par le sport.  Les sportifs amateurs, tous sexes et âges confondus sont aussi susceptibles d’en souffrir que les sportifs de haut niveau, parmi lesquels un tiers serait atteint.

 

 Du plaisir avant toute chose

 

La pratique du sport active des zones du cerveau appelées « circuits de récompense ».  Ces circuits de cellules cérébrales ont été sélectionnés par l’évolution pour favoriser à l’origine la survie : reproduction et recherche de nourriture.  Ces circuits de récompense sont sous le contrôle de nombreuses hormones (dopamine, sérotonine, endorphines, cannabinoïdes, catécholamines). L’alcool, la nicotine, les drogues piratent ces circuits en se substituant aux hormones naturelles. Les antidépresseurs ne font qu’interférer avec les hormones de ces circuits.  Le sport agit sur ces mêmes zones en stimulant la sécrétion par l’organisme des endorphines et des cannabinoïdes, avec pour résultat une sensation de bien-être physique et psychique. L’exercice physique est d’ailleurs recommandé et utilisé (en l’absence de toute contre-indication médicale) comme alternative ou comme complément aux traitements de l’angoisse et de la dépression.   Le sport aide à se sentir mieux dans sa peau et c’est bien la première motivation pour en faire : la recherche du plaisir.

Toutefois, un certain degré de dépendance est observé chez bon nombre de sportifs, même sans addiction vraie. Il est souvent difficile par exemple d’imposer aux sportifs une période de repos en cas de blessure. Lorsqu’ils sont contraints à l’arrêt, certains avouent parfois ressentir un certain degré de manque avec nervosité, irritabilité, anxiété,  sentiment d’état dépressif, (voire parfois boulimie pour compenser…). Et ces sensations peuvent être parfois tellement pénibles qu’elles poussent à reprendre l’entraînement plus tôt que prévu contre l’avis médical, malgré le risque de nouvelles blessures.   

 

Un usage inadéquat

Si toutes les personnes qui pratiquent du sport à quelque niveau que ce soit ressentent le plaisir de cette libération d’endorphines,  cette dernière n’entraîne pas automatiquement chez tous une tendance compulsive à la provoquer. 

L’explication biochimique ne suffit pas à elle seule pour comprendre pourquoi l’on devient accroc à une activité sportive.   Des facteurs psychologiques favorisent aussi ce problème de comportement.

Toutes les addictions sont des mécanismes d’adaptation pour surmonter les stress de conditions de vie difficiles. Les personnes accrocs au sport utilisent elles aussi un produit de manière inadéquate.

Faire du sport est un  moyen d’atteindre un idéal de perfection, d’harmonie esthétique en dépassant les limites physiques, ce qui entraîne la reconnaissance et l’admiration sociale.  Les accrocs au sport accordent énormément d’importance à l’image et la représentation corporelle dont ils ont une perception négative. L’enchaînement des entraînements à l’excès devient un moyen de contrôler son image tant dans le miroir que dans le regard des autres.  Ce trouble de l’image corporelle visant à obtenir une image de soi parfaite s’appelle bigorexie (par analogie et opposition à l’anorexie), une des facettes de l’addiction au sport retrouvée plus particulièrement chez les bodybuilders. Les plus accrocs parmi ceux-ci,  pour  perfectionner leur image n’hésitent pas à utiliser des produits comme le GHB (acide gamma hydroxy butirique)  au potentiel addictif connu, aggravant encore la dépendance.

La pratique compulsive du sport peut aussi se comprendre comme le moyen de soigner une souffrance psychologique provoquée par un manque affectif : le sport anesthésie ainsi la douleur comme le ferait une drogue. Parmi les accrocs au sport, on trouve d’ailleurs beaucoup de personnes qui ont renoncé à une addiction négative (alcool, tabac, ou autres drogues), substituant en quelque sorte une drogue dangereuse par une autre nettement plus bénéfique pour la santé et socialement valorisée. 

 

Une dépendance applaudie …

Plus on pratique un sport et plus le niveau est élevé et plus on est à risque d’addiction au sport.

Qu’on se rassure cependant, on n’est pas dépendant au sport parce qu’on en pratique de longues heures par jour.

Par contre, on peut s’inquiéter si toute votre vie ne tourne qu’ autour du sport. L’addiction au sport se caractérise en effet par  un changement radical du mode de vie qui devient centré de manière obsessionnelle sur l’activité sportive. Habillement, alimentation, organisation des horaires de travail,  loisirs, et jusqu’au choix du partenaire, le sport finit par envahir la vie sociale et la vie intime.

Mais on conçoit la difficulté tant pour le sportif que pour l’entourage de cerner le problème : n’est-ce pas admirable de sacrifier sa vie sur l’autel d’une aussi bonne cause ? On applaudit, sans envisager les conséquences négatives possibles d’un tel comportement.

Certains s’inquiètent de la vulnérabilité des sportifs de haut niveau qui arrivent en fin de carrière après n’avoir vécu que pour celle-ci. L’arrêt du sport intensif serait selon certains chercheurs susceptibles de favoriser le développement d’une autre forme de dépendance si le sportif ne trouve pas de compensation autre à la dépression et au sentiment de dévalorisation que pourrait susciter la perte de son statut. La question mérite d’être posée quand on connait l’investissement physique et psychologique de ces professionnels du sport soumis à une pression médiatique intense pour le culte de la performance. 

On peut aussi s’interroger sur le risque d’addiction au sport auxquels sont soumis les adolescents qui se préparent à une carrière sportive. Dans toutes les formes d’addiction (tabac, drogue, internet, jeux vidéo…) la personnalité joue un rôle déterminant et l’environnement extérieur sert à déclencher et à entretenir la dépendance.  Les adolescents perfectionnistes semblent plus prédisposés à développer cette forme d’addiction qui va être encouragée par les entraîneurs et coaches en charge de ces adolescents ainsi que par leur famille. On admire leur motivation extrême…

 

Pour un usage modéré …

Cette dépendance pour positive qu’elle soit, peut avoir pour celui qui en souffre des conséquences aussi dramatiques qu’une addiction « négative ».

L’addiction au sport prédispose tout d’abord aux blessures, les sujets accrocs ayant un comportement jusqu’au boutiste et n’acceptant pas les périodes de repos nécessaires à la guérison, pour éviter les symptômes de manque.

Pertes d’emploi, séparation familiale sont les autres conséquences d’une vie où l’essentiel du temps est consacré à l’entraînement au détriment du travail et des proches. 

Une autre conséquence réside dans le fait que la tendance au dopage est plus importante chez les sportifs accrocs.  Certains d’ailleurs abordent le phénomène du dopage comme le symptôme d’une « addiction à la victoire » dans une culture axée sur la performance et le sport élitiste aux enjeux financiers énormes.

Tout ceci n’a pas pour but de vous faire méfier de l’exercice physique et du sport, loin de là… Le sport ça reste une bonne chose… mais lui aussi peut-être à consommer avec modération ?  

 

 

 

 

 

 

 

 

 



14/02/2014
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