Un peu de tout et de tout un peu

Un peu de tout et de tout un peu

Mes lectures


Les raisins de la colère (John Steinbeck) :

Ces derniers jours, j’ai relu Les raisins de la colère de John Steinbeck que j'avais lu voilà plusieurs années déjà. Pour ceux qui n’ont ni lu le livre, ni vu le film éponyme, ce roman raconte l’histoire d’une famille de paysans de l’Oklahoma, comme bon nombre d’autres des Grandes plaines, plongés dans la misère par la crise économique de 1929, la réduction des prix agricoles de 60% et le Dust Bowl (des tempêtes de poussières qui ont ravagé les Grandes plaines de 1933 à 1935 ) et qui sont chassés de leurs terres par les banques qui s’emparent de leurs biens fonciers. Cette famille avec des milliers d’autres part alors vers les Etats de l’Ouest, la riche Californie. Ils sont trois millions à avoir émigré par la Route 66 dans des conditions plus que pénibles où ils survivent en faisant preuve de solidarité. (Aujourd'hui on utilise le terme migrant : l'émigré vient de quelque part, l'immigré est arrivé d'ailleurs, le migrant on oublie d'où il vient et on ne lui permet d'arriver nulle part.)

Trois millions de paysans que les circonstances ont forcé à devenir nomades et qui tombent de Charybde en Scilla car leur exode aboutit à une situation encore plus misérable en raison de l’accueil ou plutôt du non-accueil qu’ils reçoivent de la part de la population des Etats où ils arrivent. Les campements misérables où ils s’installent à leur arrivée et dont les autorités locales n’ont de cesse de les déloger évoquent furieusement certaine « jungle » pas très loin de nos frontières. Et pourquoi ne suis-je pas étonnée de lire sous la plume de John Steinbeck, que les populations locales (nous dirions autochtones) face à ces paysans émigrés tiennent les mêmes propos que l’on entend à l’heure actuelle contre ceux que nous appelons actuellement migrants. « Ils sont sales, différents, profiteurs, paresseux, incapables, ne vivent pas comme nous, ne nous apportent que de la violence et des maladies, nous volent notre travail, et on ne peut pas accueillir toute la misère du monde » On ne peut qu’être frappés par le fait que la volonté de refuser l’autre utilise toujours les mêmes discours, les mêmes peurs et les mêmes préjugés.

 

 


27/02/2019
0 Poster un commentaire

Au fil de soi de Patricia Duterne

Olivia, à 50 ans, décide de s'installer dans une jolie maison à la campagne, loin de sa famille. Elle veut prouver à son entourage qu'elle est capable de vivre seule, de se prendre en charge, qu'elle n'est pas l'être fragile que sa mère et sa fille croient.  Olivia cherche aussi un endroit pour rassembler tous ses trésors, les objets qu'elle collectionne depuis qu'elle est enfant. Pour Olivia ces objets inanimés ont une âme, et elle leur parle comme à de véritables êtres vivants que ce soit une poupée ou  des chaussettes trouées. Une thésauromanie compulsive, pathologique (on peut évoquer le diagnostic de syllogomanie) car envisager de se séparer de ces objets est pour Olivia une source de souffrance  

Peu de temps après son installation à la campagne, on retrouve Olivia en état de choc sur le bord de la route. L'occasion de dérouler le fil de l'existence et du mal-être d'Olivia sur lequel elle évolue depuis l'enfance telle une funambule entre ses rêves d'enfant et la  réalité de la vie qu'elle ne sait pas appréhender, toujours au bord de l'abîme de la folie si proche.  Le coma d'Olivia durera trois jours au cours desquels ses proches vont nous parler d'elle pendant qu'elle lutte pour émerger et rejoindre le monde des vivants.

 

Un livre où j'ai retrouvé la sensibilité et la délicatesse d'écriture de Patricia Duterne qui m'avaient déjà plu dans Le murmure du papillon. Des personnages à fleur de peau qui restent accrochés à l'univers de leur enfance. Une enfance qui sous la plume de Patricia est toujours magique, peut-être trop magique, au point de devenir envoûtante et empêcher l'éclosion vers la maturité.  Psychologue de formation, Patricia sait pénétrer au coeur des âmes pour nous en révéler les méandres.

 

Un très beau roman, à découvrir absolument.

 

Au fil de soi, Patricia Duterne, Editions Acrodacrolivres 2018

 

 


07/02/2019
0 Poster un commentaire

Pile et face de Patricia Fontaine

Au début du roman, on rencontre Amelia qui vient d'être engagée comme aide-soignante dans une maison de repos de la périphérie bruxelloise. En réalité, Amelia s'appelle Clarisse qui cherche à changer de vie, pour fuir un passé douloureux et un personnage dangereux.  Rattrapée par son passé, Clarisse est contrainte de fuir la Belgique et se retrouve ainsi à Santiago du Chili. Elle y fait la connaissance de Marta, une chilienne qui a émigré en Belgique pour fuir la dictature de Pinochet. Marta retourne dans son pays après 42 ans d'exil.  Un élément commun réunit Clarisse et Marta : un homme, appelé La fouine brune. Clarisse l'a rencontré dans la maison de repos et c'est lui qui l'a aidée à fuir,  Marta a vu sa vie détruite par cet homme en 1973 lors du "golpe" .  Clarisse au cours de son séjour initiatique se retrouve à aller déterrer le secret de la Fouine avec l'aide de Marta.

L'auteur évoque sans concessions un  pan pénible, douloureux et non encore cicatrisé de l'histoire récente du Chili, donnant la parole aux victimes et livrant l'opinion du bourreau aux lecteurs. Il s'agit d'un roman mais dont on sent que l'auteur s'est bien documentée  à travers des témoignages recueillis en Belgique et au Chili et de voyages à Santiago et dans le désert de l'Atacama, ainsi que de romans et de films.  Les destins de Marta et Clarisse, ainsi que celui de la Fouine se croisent dans une intrigue assez  complexe mais bien ficelée au cours duquel ils  cherchent à se libérer de leur passé et à se reconstruire.

Un style qui sait transmettre des émotions et des mots justes, une très belle écriture, des personnages vrais,  une oeuvre forte, dense, qui fait oeuvre de mémoire un superbe roman par une auteur de grand talent à découvrir absolument.

 

Pile et Face, Patricia Fontaine, Editions Academia, 2018

 


06/02/2019
0 Poster un commentaire

Au bout des doigts... "de la musique avant toute chose"

De passage à la gare du Nord, Pierre, un homme que la vie a blessé, directeur du Conservatoire national supérieur de musique, est ébloui par la prestation de Mathieu, un jeune banlieusard, qui joue sur un piano en libre-service. Persuadé qu’il a découvert un génie de la musique, Pierre remet sa carte à Mathieu qui dans un premier temps se demande ce que ce bourgeois peut bien lui vouloir. Mais Mathieu, en plus de sa passion secrète pour la musique, a des fréquentations qui l’entraînent dans la spirale de la délinquance. Arrêté pour un cambriolage, Mathieu joue l’atout Pierre. Ce dernier lui évite la prison à condition que Mathieu vienne faire des Travaux d’intérêt général au Conservatoire. En fait, Pierre a des soucis professionnels et pour sauver sa place, il décide d’inscrire Mathieu comme candidat pour le Concours d’excellence. Un projet qui ne rencontre aucun soutien et qui suscite l’ironie de sa hiérarchie : Mathieu bien qu’ayant l’oreille musicale absolue n’a aucune formation musicale, il est incapable de déchiffrer une partition. Mais Pierre croit en lui plus que Mathieu ne croit en lui-même …

Un roman magnifique que la rencontre de cet homme et cet adolescent à qui la vie n’a fait aucun cadeau, une histoire pleine de suspens, de rebondissements avant le dénouement, qui nous révèle petit à petit le secret qui ronge Pierre, une histoire qui transporte le lecteur comme la musique présente à chaque page...  

 

Au bout des doigts, Gabriel Katz, Editions Fayard

 


31/01/2019
0 Poster un commentaire

La cage de Michel Beuvens : une pépite à découvrir

Que faire lorsqu'un médecin vous précise le temps qu'il vous reste à vivre ?  Le protagoniste de ce roman décide alors d'écrire un roman pour raconter comment il a vengé la mort de sa fille, mort qui l'avait enfermé dans la cage de la haine. Encore une histoire de vengeance me direz-vous ? Oui et non. En fait ce roman est une  réflexion  sur la mort : mort annoncée du personnage principal, mort prématurée  de la jeune fille à cause de laquelle la vie de notre héros a été brisée, mort en couches de la mère, et puis la mort organisée qu'il veut donner. Et une réflexion sur l'amour : amour de jeunesse qui n'a pu s'épanouir, amour d'un père pour sa fille, amour de fin de vie. En marge du récit, un dialogue du protagoniste avec sa correctrice à qui l'auteur donne de manière assez originale la parole en fin de roman pour compléter les non-dit qu'elle a pressentis tout au court de sa lecture.  Les personnages sont  attachants, sonnent "vrais".

Un roman qui parle de vie et de mort, d'amour et de haine, avec une grande sensibilité, sans jamais tomber dans aucun excès de sensiblerie, écrit de manière fluide dans un style qui a l'élégance de la sobriété. Un petit roman par la taille, qui se lit d'une traite parce que l'auteur sait gérer le suspens, un grand roman par le talent, la sincérité et la profondeur des sentiments exprimés.

 

La cage est le deuxième roman de Michel Beuvens, et j'attends avec impatience son prochain livre.

 

La cage, Michel Beuvens , Editions Ex Aequo, collection Blanche,

 

 


31/01/2019
0 Poster un commentaire

Une déception

J'ai acheté le livre La vraie vie d'Adeline Dieudonné au vu des critiques dithyrambiques à propos de ce roman. Mais  j'aurais  dû me méfier. Après l'avoir lu, je dois dire que j'ai vraiment beaucoup de mal à comprendre l'engouement qu'il a suscité.   Il se lit rapidement car il est bien écrit, le style est simple et fluide, le vocabulaire bien choisi. La forme est donc de bonne qualité. En revanche en ce qui concerne le fond,  j'ai envie de dire comme Talleyrand que tout ce qui est excessif est insignifiant. Et on est bien dans l'excès. Une famille des plus toxiques : un père violent et sadique, chasseur qui collectionne dans une pièce de la maison ses trophées de chasse, une mère tellement écrasée par la violence de son conjoint qu'elle en devient presqu'inconsistante au point que sa fille (la narratrice) l'appelle l'amibe, la fille (dont on ne connaît pas le nom) et son petit frère Gilles. Les deux enfants ont une relation particulièrement fusionnelle.  Bref un climat déjà malsain au début, mais curieusement ces deux enfants semblent s'accommoder de ce climat de violence domestique.  Et puis un siphon de crème fraîche qui explose entre les mains de leur glacier va faire perdre son sourire au petit Gilles qui trouve refuge auprès d'une hyène tuée par son père et conservée dans la chambre aux cadavres. Pour sauver Gilles, sa soeur décide de fabriquer une machine à remonter le temps pour revenir avant l'événement traumatisant. En fait ce livre ce résume  à un catalogue d'horreurs et de violences avec des déluges d'hémoglobine et un épisode d'un sadisme inouï  jusqu'au dénouement final prévisible mais qui est présenté comme un happy end, ce qui est assez aberrant d'un point de vue psychologique. Aucune lueur d'espoir, seule la violence est la réponse apportée par  l'auteur pour résoudre et sortir du cercle de la violence familiale. Un livre coup de poing lit-on sur la 4e de couverture, mais à quoi sert ce coup de poing ?

Bref, j'ose aller à contre-courant et dire  que je ne vois  rien de fort, ni de nouveau , ni de génial dans ce livre qui m'a profondément déçue.  Le sujet de la violence familiale mérite d'être traité de manière plus nuancée et plus  sensible, sans sombrer dans le spectaculaire  et  la  caricature.

 


30/01/2019
5 Poster un commentaire

La maison Golden de Salman Rushdie

Tout commence le jour de l'investiture de Barak Obama en 2008.

Un milliardaire en provenance de l'Inde, s'installe dans les "Jardins" de Greenwich Village, à New York, avec sa famille. Le milliardaire aux origines mystérieux s'appelle Neron et il a trois fils aux noms romains Petronyus dit Petya, Lucius Apuleius, dit Apu et Dionysos, dit D. Neron est un patriarche despotique,  Petya souffre d'agoraphobie, peut-être bien d'un syndrome d'Asperger, et il est passionné par l'informatique et les jeux video. Apu est un artiste tandis que Dionysos cherche son identité sexuelle. Une famille de nevrosés. Neron est en couple avec une jeune maîtresse russe, Vasilisa, une manipulatrice intrigante qui met au point un plan diabolique pour assouvir ces ambitions.  Cette famille va susciter la curiosité du voisinage et en particulier celle de René, jeune cinéaste d'origine belge, qui travaille à la création d'un long scénario qu'il va calquer sur la vie de la famille Golden. Neron va prendre René sous sa protection à la mort accidentelle des parents de ce dernier et Vasilisa se servir de lui pour sa machination. Voilà présentés les personnages de cette famille dorée et planté le décor de ce roman qui n'a rien à envier aux meilleures tragédies grecques. René va petit à petit découvrir pourquoi Neron a quitté l'Inde et vivre de près le destin de chaque membre de cette famille en déclin. La lecture est rendue compliquée par les multiples références littéraires, cinématographiques,  les événements de l'actualité, les théories identitaires   Mais l'intrigue est passionnante, pleine de suspens avec la participation de la mafia indienne et du terrorisme islamique... Une tragédie évoquant l'amour, la jalousie, la trahison et posant la question du mal et de savoir s'il est possible d'être bon et de trahir, écrite  avec ironie et humour,  et une fin tout à la fois dramatique avec l'arrivée au pouvoir américain d'un Joker aux cheveux teints jamais nommé mais que tout le monde reconnaîtra mais avec un happy end quand même.

 

 


27/01/2019
0 Poster un commentaire

De l'amie prodigieuse à l'enfant perdue : une histoire à n'en plus finir

Une quadrilogie qui raconte la saga de deux amies depuis la tendre enfance jusqu’à l’âge adulte.

Une amitié conflictuelle, ambivalente, profonde et superficielle, émouvante et agaçante, sombre et lumineuse. Le décor est celui de Naples, avec la misère et la promiscuité de ses bas-fonds, la camorra et la corruption. Lina est belle, intelligente et remplie de créativité mais rebelle et cynique. Elle exerce depuis l’enfance une véritable fascination sur Elena (Lenu) qui même lorsqu’elle devient une écrivaine célèbre qui a parcouru une bonne partie du monde continue à entretenir un sentiment d’infériorité par rapport à Lina qui de toute sa vie n’aura connu que Naples.

Mais Lina est pourtant jalouse de Lena, l'écrivaine à succès, qu'elle sait déstabiliser sans grandes difficultés. Chacune est pour l'autre l'amie prodigieuse qu'elle envie.

Il y a tout dans ce roman, et même un peu trop.

La famille, le mariage et les relations adultérines, les couples légitimes et les autres, les enfants désirés ou non et même disparus, l’homosexualité, la violence conjugale et la violence urbaine, l’exploitation ouvrière et le syndicalisme, l’univers estudiantin, le monde de l’édition, le féminisme, la drogue, la politique,  la maladie et la mort.

Il y a tout et son contraire, la pauvreté, la richesse, l'amitié et l'amour mais aussi la haine, la tendresse et le sexe, la promiscuité et la solitude, le succès et l'indifférence.

Autour des deux fillettes, jeunes filles, puis femmes gravite un grand nombre de personnages, trop de personnages, trop de familles qui s’aiment et se déchirent, trop de couples qui se font, se séparent, se retrouvent, s'échangent. 

Et l’histoire de nos deux amies et de leur entourage, évolue sur fond de l’Histoire de l’Italie, de l’après guerre à l’opération mani pulite de la fin du XXe siècle en passant par les années noires du terrorisme.

On se dit que l’auteur aurait pu faire plus court, c’est parfois redondant comme l’est la vie lorsque l’on répète les mêmes erreurs, les mêmes conflits, les mêmes rapprochements. Une histoire fascinante mais parfois lassante comme peut l’être la vie, lorsqu’on attend quelque chose qui ne vient pas, qui ne viendra plus.  

Une histoire lassante et lourde comme les combats menés par Lila et Lenu pour sortir de leur condition, pour se défaire de liens qui semblent inextricables.

Les quatre romans de la série L’amie prodigieuse me font penser à des films comme Ci siamo tanto amati ou encore La meglio gioventu, description tout à la fois sans concession et indulgente de la vie italienne.

Le style est inimitable et incomparable même en version traduite. Peut-être me faudrait-il la relire en version originale... mais je ne sais pas si je trouverai le courage de me replonger dans cette saga, car il y manque un élément : pas une seule note d'humour n'éclaire cette saga, Lenu et Lina ne nous donnent jamais l'occasion de rire ni de sourire, le ton reste pesant et on referme le livre avec un goût amer en bouche, celui de toutes les vies gâchées, des espoirs d'enfant irrémédiablement perdus, même lorsque Lenu retrouve un souvenir de son enfance.

 

D'Elena Ferrante :

L'amie prodigieuse

Un nouveau nom

Celle qui part et celle qui reste

L'enfant perdue

 

 


29/05/2018
1 Poster un commentaire

La posologie des sentiments : un excellent roman de Michel Beuvens

Loin des thrillers et romans fantastiques, un roman pourtant fantastique et qui vous donne le frisson par la profondeur des sentiments que l'auteur y exprime dans une posologie graduelle. Le roman commence dans l'univers terne et sans âme d'une administration où règne la routine d'un travail qui ne demande aucune âme et ne permet d'exprimer aucun sentiment hormis l'ennui, la lassitude et qui n'offre de positif qu'une certaine stabilité d'emploi.  Lucien qui vient d'y être engagé observe les membres du personnel dont l'un devient son ami.  La vie de Lucien et son ami est aussi terne que son emploi, il est seul, il fantasme sagement sur les femmes qu'il croise dans son boulot, toutes sauf une dont le comportement et l'aspect physique n'ont rien de désirables, la caricature de la vieille fille aigrie et acariâtre, surnommée la vieille taupe.  La vie routinière de Lucien connaît toutefois un virage grâce à une promotion, une mutation mais aussi un héritage. Grâce à cet héritage, il retrouve un jour au bord de la mer la vieille taupe et le secret de cette dernière... et comme à Saül sur le chemin de Damas, les écailles des préjugés tombent des yeux de Lucien qui  apprend la nécessité d'aller vers ses semblables pour les découvrir au-delà des apparences. Grâce à la vieille taupe, Lucien trouve enfin un sens à son existence. Un très beau roman, puissant, qui aborde la vie, la mort, l'amour, les sentiments, les vrais, les faux, sur fond de ciel marin avec le chant des vagues et l'odeur iodée de la mer.  Si on en faisait un film on le commencerait en mode muet et en noir et blanc et puis progressivement la couleur et la musique s'imposeraient. Un livre rédigé dans un style classique, simple et efficace, et une écriture fluide, sans chercher à éblouir le lecteur par des effets de plumes,   à découvrir pour ceux qui aiment se plonger dans les profondeurs de l'âme humaine.

 

La posologie des sentiments de Michel Beuvens (Editions Chloé des Lys)

 


11/05/2018
0 Poster un commentaire

Une mouette bien curieuse, la mer du Nord et une pension-hôtel intrigante... Les soupçons de la mouette, le dernier roman de Marie Meuse

Que peut-on faire lorsqu'on est l'épouse d'un homme qui vous délaisse parce qu'il est plus passionné par Napoléon et ses grognards que par sa femme ? Louise a longtemps hésité et puis un jour, prise de panique parce qu'elle a accidentellement cassé les précieuses statuettes de Napoléon collectionnées par son mari,  elle craque et quitte le domicile conjugal en emmenant Sasha son chat dans un panier et Adrienne son poisson rouge dans un Tupperware. Louise part se réfugier à la mer du Nord, qu'elle appelle la mère du Nord. Elle loue une chambre dans une localité côtière, Flots les bains et s'installe à la Pension-Hôtel Hortense. Dès qu'elle met les pieds dans cet hôtel, Louise va rencontrer des personnages hors du commun qui vont susciter la méfiance de notre protagoniste. Sa curiosité  va l'amener à vivre des situations rocambolesques aux rebondissements multiples et cocasses.

 Sous le ciel aux couleurs variables et au bord d'une mer souvent agitée,  Louise va jouer les détectives et résoudre une intrigue, faire une rencontre qui va la marquer et prendre une décision qui va changer sa vie.  La plume alerte, la verve et l'imagination de Marie Meuse nous entraînent dans cette histoire tragi-comique qui peut sembler légère au premier regard mais qui donne à réfléchir sur la nécessité de trouver un sens à sa vie.  Par moments, l'ambiance qui règne dans la pension-hôtel évoque l'atmosphère des romans d'Agatha Christie mais avec une bonne dose d'humour en plus.

Un roman à ne pas manquer : Les soupçons de la mouette de Marie Meuse publié chez Atramenta

 


18/03/2018
1 Poster un commentaire

Double meurtre à Sainte-Rolende, quand le folklore sert le thriller

Vous prenez un serial killer en Harley Davidson recherché par Europol, un profileur avec des dons paranormaux, une jeune enseignante trompée par son petit ami et retrouvée morte, le fantôme d'une jeune fille brûlée vive au 16e siècle pour sorcellerie et qui hante la ville pour jouer les justicières, vous ajoutez un poète wallon du XIXe siècle et un soupçon de peintre impressionniste de la même époque et la même région,  vous mixez avec les marcheurs de l'Entre Sambre et Meuse en période de Pentecôte dans le décor de la ville de Gerpinnes et ses environs(Acoz, Villers Poterie, etc...), vous servez le tout à une équipe de policiers qui va se retrouver avec quatre cadavres au cours d'un même week-end, le tout au son des tambours et des fifres qui résonnent  dans la campagne environnante pour accompagner la châsse de Sainte Rolende.  Voilà un bon thriller aux accents folkloriques et fantasmagoriques : Double meurtre à Sainte-Rolande est un roman de Pierre-Paule Nelis publié chez Gebarts Brumerge. La particularité de ce roman c'est qu'il a fait l'objet d'un film avant d'être publié en livre : La légende de Marie Lineau par Steve Jennequin sur un scenario de Pierre-Paul Nelis. Au casting du film figure Juliette Nothomb, méconnaissable sous son maquillage de sorcière au cours d'une brève apparition dans les bois de Gerpinnes.

 


11/03/2018
0 Poster un commentaire

Le carnet de moleskine

Sur un carnet de moleskine éclairé par la lumière tamisée d'une lampe de bureau, court la plume de Denis. Je devrais  plutôt dire que la plume boite car le narrateur raconte sa vie par bribes haletantes comme sa respiration. "Confession confuse d'un homme tourmenté", tourmenté par un secret tellement lourd qu'il a décidé de se tuer lorsqu'il aura raconté des faits vieux de cinquante ans qu'il avoue pour la première fois. L'amitié, l'amour, la passion, le désir de possession... tous les ingrédients d'un drame que l'on ne découvre qu'à la fin du roman. Le carnet de moleskine est un vrai chef d'oeuvre par l'acuité de l'analyse psychologique des personnages, l'intensité dramatique et passionnelle de cette confession et le paradoxe du principal protagoniste auquel on s'attache en dépit de ses actes. On ne saurait le juger puisqu'il se juge lui-même. Au début de la lecture, on pourrait regretter que la fin du roman est déjà annoncée. Mais le suspense réside en réalité dans la progression de l'aveu qui permet de comprendre pourquoi Denis en arrive à se tuer. Un récit court et dense dont on ne sort pas indemne. Une écriture tout en finesse et un style exceptionnel raffiné, des mots simples et percutants. Tous les ingrédients du vrai talent, celui de Carine Geerts.

 

Carine Geerts, Le carnet de moleskine, Gebarts Brumerge (ISBN 9782375440056)

 

 

 

 

 


10/03/2018
3 Poster un commentaire

Tant de silences de Philippe De Riemaecker ... un livre qui parle au coeur !

Silence, par définition : absence de sons, absence de discours mais espace pendant lequel les mots sont créés, espace pendant lequel on entend l'autre. La musique, elle aussi, est faite de silences pendant lesquels résonnent les notes précédentes et se préparent les notes qui suivent, et pendant lesquels les instruments qui se taisent écoutent ceux qui leur répondent. Le silence est un espace de création, de méditation, de retour sur soi pour mieux revenir aux autres et certains font voeu de silence pour mieux entendre le monde. Le silence est nécessaire pour le repos de l'âme et corps.  Mais le silence peut être torture lorsqu'on est privé de toute communication, le silence est destructeur s'il est rempli de non-dits, le silence devient coupable si l'on préfère se taire que dénoncer les injustices.  Et tous les hommes sans exception sombrent un jour dans le silence de la mort, en espérant que ce ne sera pas celui de l'oubli.

Tant de silences..., le titre d'un livre de Philippe de Riemaecker. Une histoire aux multiples intrigues dont le silence est le personnage principal : le silence d'un couvent où une religieuse grabataire qui offre le sien en communion avec la souffrance du monde communique par delà le réel, le silence des non-dits et de la douleur d'un homme qui voit ses parents plonger dans le silence de la mort dans une famille déchirée par des conflits, le silence des non-dits au sein d'un couple dont le mari est malade, le silence du secret professionnel, et aussi le silence du désert où chemine un couple d'Iraniens fuyant le régime des Mollah pour tenter de rejoindre l'Occident.  Des intrigues qui semblent n'avoir aucun rapport entre elles, sinon les silences d'une souffrance indicible qui hurle au coeur du lecteur.

Un livre poignant, tout en sensibilité, délicatesse et tendresse, à l'image de son auteur,  qui voyage du coeur de l'Orient à la campagne brabançonne, des églises aux mosquées,  qui réunit le Coran et l'Evangile, un hommage aux hommes de bonne volonté avec une fin en clin d'oeil à une des plus belles traditions occidentales.

A découvrir absolument, ou à offrir pour Noël...

Tant de silences

Philippe De Riemaecker aux éditions encrerouge.fr

 


07/12/2017
1 Poster un commentaire

La solitude des étoiles : le dernier roman de Martine Rouhart.

Se plonger dans un roman de Martine Rouhart est toujours un ravissement. On ne peut qu'être séduit par son style élégant, tout en finesse et en délicatesse, mélodieux, empreint de poésie.  

La solitude est d'abord celle de Camille, une femme blessée par la vie, qui évite tout rapport avec les autres depuis la mort de son mari. Assistante vétérinaire, elle ne donne son affection qu'aux animaux qu'elle soigne. Elle ne supporte aucun lien, aucune intrusion dans sa vie terne et sans âme, dont personne ne semble comprendre la souffrance. Jusqu'au jour où elle craque et  elle part loin de son existence solitaire et sans but, pour une retraite en pleine forêt ardennaise. Elle y rencontre alors Theodore, un homme sans domicile fixe. Passant outre  ses premières craintes et ses préjugés, elle laisse ce personnage étrange faire intrusion dans sa vie et s'intéresse de plus en plus à son histoire qu'il lui raconte, note après note comme celles qui sortent de la flûte qui ne le quitte pas. Grace à Théodore, (dont le nom signifie don du ciel) Camille parcourt ainsi un voyage existentiel qui la sort du fond d'elle-même pour la ramener à la vraie vie.

 

Une superbe réflexion sur le sens de la solitude, les relations humaines, la souffrance, plusieurs histoires s'y croisent, celle de Camille, de sa mère, de Theodore, d'une mystérieuse Iris...et tout cela dans le magnifique cadre de la forêt ardennaise aux couleurs d'automne, sous la pluie ou dans la neige et sous le regard des étoiles qui là-haut se croisent et se rencontrent dans leur solitude infinie.

 

La solitude des étoiles, par Martine Rouhart aux Editions Murmures du soir

 


05/12/2017
3 Poster un commentaire

"Mai 68, c'était déjà nous !" (Il n'y a plus de vieillesse, par Gilles Horiac)

La vieillesse, la vie et même la fin de vie dans les maisons de retraite, voilà des thèmes qui semblent chargés de nostalgie, de tristesse.  Mais l'auteur, Gilles Horiac, décrit cet univers déprimant avec beaucoup d'humour, parfois décapant, une grande tendresse, plein d'optimisme, bon sens et sérénité. Dans Il n'y a plus de vieillesse, il met en scène quatre personnes qui derrière leurs rides et leurs cheveux blancs ont gardé intacte leur jeunesse. Il y a Alain, un ancien truand, Béatrice, qui dirigeait un restaurant, Bernadette, qui était médecin et Georges, un ancien chanteur.  Et comme ils sont de la génération qui ont fait mai 68, ils rassemblent leur énergie et leur amour pour la vie et se démènent pour améliorer le monde qui les entoure.  Sous la plume alerte et stylée de Gilles, les protagonistes vont vivre des aventures que leur entrée en maison de retraite ne pouvait laisser deviner : le sauvetage d'un site naturel, un dîner offert à des SDF dans un restaurant de luxe, l'organisation d'un mariage gay dans le jardin de la maison de retraite, l'enregistrement d'un disque dont les royalties leur permettent de sauver une maison de retraite moins bien lotie que la leur. Autour d'eux gravite le personnel de la seniorie avec la directrice autoritaire et infantilisante, la sous-directrice qui révèle sa vraie personnalité à la fin du roman, les infirmières et aide-soignantes plus ou moins empathiques, sans oublier les familles des résidents et la participation de la reine Mathilde. Un livre tout à la fois  drôle et sensible mais qui par l'humour dénonce l'infantilisation des personnes âgées, le manque de subsides alloués aux maisons de retraite "sociales", la médicalisation excessive qui pour ajouter des années à la vie, supprimerait les plaisirs de la vie. Ca me rappelle un peu le film Home sweet Home de Benoît Lamy (1973) ou plus récemment le film Les souvenirs de Jean-Paul Rouve. Un livre à découvrir absolument,

Il n'y a plus de vieillesse de Gilles Horiac est publié aux 180e éditions,

 


12/09/2017
2 Poster un commentaire